Le Haut Commissaire

Hamed Diané Semega, Haut commissaire de l’Omvs : « Tous nos dossiers prioritaires sont sur la bonne voie »

 

 « Tous nos dossiers prioritaires sont sur la bonne voie » Après une année à la tête de l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal, Hamed Diané Semega fait le point de ses actions. Le Haut-commissaire qui a impulsé une nouvelle dynamique veut donner un coup d’accélérateur à tous les projets en cours -certains ont connu des retards importants-. Il travaille également à ce que les citoyens des quatre pays membres puissent connaître davantage l’organisation qui connait un rayonnement international certain faisant que des Etats viennent s’inspirer de son modèle.

Le 19 juin 2017, vous preniez fonction comme Haut-commissaire de l’Omvs. Un an après, pouvez-vous nous faire le point de votre action à la tête de l’organisation ?

Un an, ce n’est pas long mais au regard d’un mandat de quatre ans, c’est significatif. C’est un point d’étape pour mesurer le chemin parcouru. Diriger l’Omvs est une lourde responsabilité parce que notre organisation est aujourd’hui à la croisée des chemins. Après quarante-six ans d’existence et d’acquis, elle fait face à plusieurs défis. Il y a d’abord le défi environnemental. L’environnement se dégrade de manière globale et celui du bassin Sénégal n’échappe pas à ce fléau à cause notamment du changement climatique. En face de cette vulnérabilité, il y a la montée en puissance des différents usages de l’eau notamment l’agriculture irriguée, la production d’énergie hydroélectrique et la navigation pérenne sur le fleuve Sénégal. Toutes ces sollicitations ont un impact sur la ressource. C’est au regard de tous ces impératifs que nous avons tracé une feuille de route.

Qu’est-ce qui a été fait sur cette feuille de route ?

Notre feuille de route a trois composantes. La première consiste à conduire la réforme du système Omvs. Nous avons un peu dormi sur nos lauriers et il faut, aujourd’hui, se remettre en cause. Il est admis qu’il est nécessaire d’adapter les textes aux nouveaux défis si l’organisation veut continuer à répondre, de façon efficace, à ses missions. Cette réforme est un chantier important qui permettra de construire le nouvel édifice de l’Omvs. Il est en passe d’être achevé. Nous avons bouclé des études stratégiques relatives à la réforme institutionnelle et à l’autofinancement du système. Il reste à les soumettre à l’approbation du conseil des ministres.

Le deuxième point de cette feuille de route concerne les Infrastructures, en particulier la réalisation de nouveaux barrages hydroélectriques et le projet navigation. Dans ce domaine, les travaux de construction du futur ouvrage hydroélectrique de Gouina, dans la région de Kayes, au Mali, avancent à un rythme soutenu, en dépit d’un retard initial considérable. Nous espérons qu’ils seront terminés avant la date contractuelle. A l’horizon 2021, 140 mégawatts s’ajouteront au productible déjà disponible sur Manantali et Félou. Parallèlement au démarrage des travaux, la réinstallation des populations directement impactées par ce projet se déroule de façon satisfaisante. Le 9 juin 2018, l’Omvs a livré aux bénéficiaires les infrastructures réalisées ; soit une centaine de logements modernes, des mosquées, des centres de santé, des écoles, des châteaux d’eau, etc., dans les communes de Diamou et de Bafoulabé. Les nouveaux sites sont aussi dotés d’électricité et de réseaux d’adduction d’eau potable et d’assainissement. L’investissement est de plus de trois milliards de FCfa. Trois cent millions de francs ont été consacrées aux compensations.

L’autre projet d’envergure, c’est la construction et l’aménagement du barrage hydroélectrique de Koukoutamba en territoire guinéen. Après un long processus, c’est une entreprise familière de l’espace Omvs (pour avoir construit Félou et réalise actuellement Gouina) qui a été sélectionnée. Son offre a été jugée plus avantageuse pour les Etats.

Pourtant, selon des informations parues dans la presse, le marché n’a pas été attribué dans les règles de l’art…

Semega OmvsL’attribution des marchés de l’Omvs se fait selon un processus qui en garantit la transparence. C’est      une Commission régionale des marchés présidée par le Haut-commissaire adjoint comprenant des représentants des Etats, les coordonnateurs des cellules Omvs, assistés d’experts techniques et financiers nationaux qui délibère et approuve les marchés. Au bout de la chaîne de filtres, il y a le conseil des ministres qui approuve en dernier ressort. La rigueur de ce processus fait que depuis 46 ans, les choses fonctionnent bien. Pour Koukoutamba comme pour tous nos projets, nous avons fait les choses dans les règles de l’art et les Etats ont choisi l’offre la plus avantageuse.

Où en êtes–vous avec le projet de navigation ?

La navigation, c’est le chainon manquant du programme d’infrastructures de l’Omvs. Après plusieurs années de retard, la mise en œuvre de ce projet connait un développement satisfaisant. La société indienne Afcons a été choisie sur la base d’une offre spontanée appuyée par Eximbank de l’Inde. Nous sommes à la phase finale des discussions et nous avons mis en place un comité de négociation comprenant des experts techniques et financiers des 4 Etats. En résumé, tous nos dossiers prioritaires sont sur la bonne voie.

Vous avez laissé entendre qu’il y a une troisième composante de votre feuille de route…

En effet, il s’agit de consolider la crédibilité et le rayonnement de l’Organisation. L’Omvs est un acteur majeur à l’échelle internationale en matière de coopération inter-Etats sur les eaux transfrontalières. Elle a été plusieurs fois primée pour la qualité de sa gestion solidaire du fleuve Sénégal et son expérience lui a valu d’être distingué en 2015 et 2017 comme meilleur organisme de bassin au monde par le think tank indien Strategic ForSight Group. En réalité, ce rayonnement international nous vaut de grandes responsabilités. Ainsi, l’Omvs assure le Secrétariat technique permanent du Réseau africain des organismes de Bassin (Raob) dont nous abritons également les projets phares. Nous avons accueilli, en avril, la 6ème session de l’Association initiative pour l’avenir des grands fleuves (Iagf) présidée par l’académicien Erik Orsenna. Les membres, des experts de haut niveau ont planché sur l’expérience de l’Omvs, en particulier le projet navigation et émis des contributions qui vont nous permettre d’améliorer la qualité et d’éviter les erreurs. Nous avons reçu également, par l’entremise de la Coopération suisse, une délégation de cinq pays d’Asie centrale qui ont en partage deux fleuves, mais qui rencontrent de réelles difficultés dans le partage des eaux transfrontalières. Ils se sont émerveillés de cet exemple réussi en Afrique en dépit d’un environnement difficile. Nous devons ce rayonnement de l’Omvs à la vision politique des pères fondateurs constamment réaffirmée par les chefs d’Etat successifs. Il nous appartient de porter ce flambeau encore plus haut.

Malgré ce rayonnement international, l’Omvs est peu connu dans son espace. Que comptez-vous faire pour changer cette situation ?

C’est une question qui me tient à cœur. L’Omvs est un organisme de bassin reconnu et salué dans le monde, mais peu connu dans son espace. D’où l’effort de communication à faire et nous nous y attelons. Nous avons, par exemple, décidé de rénover les places Omvs dans les capitales avec l’appui des autorités communales – malheureusement, ces espaces sont laissés à l’abandon- pour matérialiser l’organisation inter-Etats dans le tissu urbain. C’est un point de départ de la réhabilitation de l’image de l’organisation. Nous avons tenu également la première édition des journées commémoratives de la naissance de l’Omvs. Elle s’inscrit dans cette volonté de remettre l’Omvs sur la carte de nos Etats en termes de visibilité des réalisations importantes à notre actif qui contribuent concrètement au développement de nos pays. Lors des célébrations de cette journée Omvs, le représentant de la société d’électricité du Mali a fait un témoignage éloquent de ce que le système a pu injecter comme ressources dans le réseau électrique de son pays. Nous allons évaluer le volume de richesses créées grâce à l’Omvs dans les Etats membres et le partager avec les acteurs et les opinions publiques nationales.

A votre prise de fonction, vous insistiez sur le fait que les populations riveraines devraient bénéficier, elles aussi, des retombées du bassin. Un an après, quelles sont les actions concrètes menées ?

Du point de vue institutionnel, il s’agit d’abord de consolider le dispositif de participation des populations. Le comité de bassin est un important organe consultatif de l’organisation, dont la mise en place a connu du retard. Aujourd’hui, le processus est relancé, nous avons commencé à recevoir les propositions des Etats en vue de constituer les membres des différents collèges qui composent ce comité où va s’exercer la démocratie de l’eau. Autre aspect important, c’est le dynamisme des collectivités locales. Et je salue, au passage, le rôle du député-maire de Bakel qui est à la tête d’une organisation qui regroupe l’ensemble des maires du bassin. Nous avons appuyé la mise en place du chainon manquant en intégrant les élus de la partie guinéenne. Leur accompagnement sera précieux dans la réalisation de nos missions.

Pour ce qui est de l’intervention concrète sur le terrain, il y a surtout le Projet de gestion intégrée des ressources en eau (Pgire), un programme de 245 millions de dollars Us financé sur prêt de la Banque mondiale. Cet instrument a été conçu pour aller au plus profond du bassin apporter des réponses aux difficultés économiques des populations en leur donnant des moyens de faire face aux difficultés économiques par des activités comme l’agriculture irriguée à petite échelle, l’aquaculture, des infrastructures et des outils modernes pour la pêche…Bref, tout ce qui peut permettre l’amélioration des conditions de vie et de production des populations. Le Pgire, aujourd’hui, déploie un travail remarquable sur le terrain, salué par la Banque mondiale, lors de sa revue à mi-parcours au mois de février dernier. Ce soutien aux populations est, in fine, la raison d’être de notre organisation.

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