La Falémé, un patrimoine commun à préserver

Après une première mission en novembre 2018 et les rapports alarmants de ses équipes, le Haut-commissaire de l’OMVS a conduit une mission (du 6 au 9 mai) au Sénégal oriental et au Mali pour constater de visu les dégâts causés par l’orpaillagesur la Falémé. Face au drame environnemental  qu’il a vu, Hamed Diane Sénégal appelle à une action commune et urgente des Etats pour sauver cet affluent vital du fleuve Sénégal.  
Partout ailleurs dans le monde, l’eau est source de conflits, surtout quand il s’agit d’un fleuve partagé. D’où le mérite de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) d’avoir réussi à faire du fleuve Sénégal une source de stabilité et de paix pour les quatre pays qui le partagent (Mali, Mauritanie, Guinée et Sénégal). Mais aujourd’hui, certains chantiers de l’organisation, notamment l’ambitieux projet de barrage de Gourbassi, sont menacés à cause de l’état de pollution très avancée de la Falémé, principal affluent du Sénégal sur la rive gauche. A la suite des rapports alarmants deses services, le Haut-commissaire de l’OMVS a décidé de se rendre sur le terrain pour constater de visu la situation. Son constat est inquiétant. « Ce fleuve est tellement agressé par l’action de l’homme qu’il est entré dans une phase de mort clinique et, qu’à Dieu ne plaise, si on ne rend pas réversible ce processus, il y a fort à parier que dans cinq-dix ans, ce sera de l’histoire ancienne »,explique Hamed Diane Séméga. Ce qui sera un échec pour l’OMVS et un drame pour les États, déplore le Haut-commissaire, appelant à une réponse conséquente et coordonnée des États pour sauver la Falémé. « On a dépassé l’étape des accusations mutuelles, on est aujourd’hui en face d’une urgence extrême qu’il faut résoudre », dit-il. À Djidjang (région de Kayes, cercle de Kéniéba), l’activité des cracheurs, ces engins qui écrasent le sol pour extraire l’or, est permanente. Une vingtaine de dragues opèrent sur ce site. Ici, comme partout ailleurs où nous sommes passés, l’impact de l’orpaillage sur la Falémé est considérable. « Le problème, c’est que ces engins qui opèrent à côté du fleuve, n’arrivent pas à gérer la grande quantité d’eau qu’ils utilisent et les eaux usées retournent dans le fleuve », explique Abdourahmane Ba, directeur régional de l’assainissement et du contrôle des nuisances de la région de Kayes. En effet, avec les dragues, il y a un problème d’étanchéité, occasionnant des fuites d’huile et d’essence dans l’eau, en plus des produits chimiques (comme le mercure) utilisés par les orpailleurs pour le traitement de la matière. Aussi, les milliers d’orpailleurs qui opèrent le long du fleuve font leurs besoins naturels à côté, faute d’un système d’assainissement. Tous ces rejets contribuent à dégrader la qualité de l’eau et impactent négativement la biodiversité. Sans compter les risques de prolifération des maladies hydriques.
« Si on ne fait pas attention, il y a un phénomène de sommation qui va se passer et il n’est pas exagéré de dire que la Falémé va disparaître un jour », avertit M. Ba. Même constat côté sénégalais. Selon Mamadou Dramé, président de la Fédération des orpailleurs de la région de Kédougou, l’orpaillage dans le fleuve a un effet néfaste pour la population. « Non seulement il y a la pollution de l’eau, mais l’habitat des hippopotames est menacé et nous n’avons plus du poisson comme avant », déplore-t-il. Face aux menaces qui guettent la Falémé et le fleuve Sénégal de façon générale, le Haut-commissaire de l’OMVS est convaincu qu’une partie de la réponse se trouve dans l’application effective de la Charte des eaux. Adopté le 28 mai 2002 par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’OMVS, ce document fixe un certain nombre de principes et de règles en matière de gestion des ressources en eau et celle de l’environnement. En effet, la Charte définit les principes et modalités de la répartition des eaux entre les différents secteurs d’utilisation, les modalités d’examen et d’approbation des nouveaux projets utilisateurs des ressources en eau et détermine les règles relatives à la préservation et la protection de l’environnement. Elle donne surtout un cadre légal pour lutter contre les pratiques de gestion de l’eau susceptible de causer un préjudice aux Etats et de renforcer la résilience de l’écosystème du Fleuve Sénégal afin de mieux remplir ses fonctions économiques, sociales et environnementales. Dans un contexte où l’accès à l’information et l’éducation des populations riveraines est primordial pour la gestion de la ressource en eau, qui exige une bonne implication des usagers, cette Charte est aussi un gage de transparence. Ainsi, l’article 13 de ladite Charte engage les Etats riverains à rendre accessibles toutes informations relatives à l’état des eaux du Fleuve ainsi que toutes mesures prévues ou prises pour assurer la régularité du débit du Fleuve et la qualité des eaux et à favoriser des programmes d’éducation en direction des populations riveraines. En matière de gestion et de protection de l’environnement, les Etats membres de l’OMVS s’engagent, à travers cette Charte, à protéger et préserver l’écosystème du Fleuve, gérer la ressource en eau dans le respect des équilibres naturels (notamment des zones humides fragiles et du milieu marin). Ils s’engagent, en outre, à contrôler toute action pouvant modifier sensiblement les caractéristiques du régime du Fleuve, l’état sanitaire des eaux, les caractéristiques biologiques de sa faune et de la flore, son plan d’eau et son environnement de façon générale. Enfin, les Etats membres ont l’obligation de mettre en place des dispositions de prévention, de réduction ou de maîtrise d’évènement ou de conditions pouvant résulter de causes naturelles ou d’activités humaines dommageables aux autres Etats, à l’environnement du fleuve, à la santé ou à la sécurité de l’Homme. On voit qu’à travers cette Charte le cadre juridique existe pour une action collective des Etats pour protéger la ressource en eau.

Vers une brigade mixte sénégalo-malienne

Pour apporter une réponse concertée à l’agression que subit la Falémé, l’idée d’une brigade mixte entre forces de sécurité sénégalaises et maliennes a été évoquée par les autorités locales de Kédougou et de Kayes, les deux régions frontalières. En effet, selon Jean-Paul Malick Faye, Secrétaire au gouverneur de Kédougou chargé des affaires administratives, en plus de la sensibilisation, il faut aussi réprimer, parce qu’il y aura toujours des récalcitrants. « Je pense que si nous voulons vraiment sauver la Falémé, il faut une action concertée entre les deux États, parce que si un État fait des actions et que l’autre ne suit pas, ce sera vain », explique-t-il, invitant les populations, notamment les chefs de villages, souvent complices, à collaborer avec les forces de défense et de sécurité. A ce jour, l’État du Sénégal n’a délivré aucun couloir d’orpaillage sur la Falémé ou la Gambie. Ce qui veut dire que tous ceux qui s’adonnent à cette activité sur le lit du fleuve sont dans l’illégalité, précise l’officiel sénégalais. Emboîtant le pas à son homologue sénégalais, Adama Maïga, représentant du gouverneur de Kayes, souscrit à l’idée d’une brigade mixte. « Le Mali ne va pas être en reste », promet-il. Officiellement le dragage est interdit au Mali, mais c’est l’application des textes qui pose problème, souligne Hamadoun Ndao, expert énergie à la cellule nationale OMVS du Mali. Ce dernier invite à s’attaquer à la racine du mal, c’est-à-dire aux gros bonnets qui tirent les ficelles de l’orpaillage. « C’est comme le serpent, tant que vous ne coupez pas la tête, il reste dangereux ». Pour sa part, l’OMVS travaille sur un plan d’actions pour prendre en charge l’ampleur de la question.

 

Monsieur Hamed Diane SEMEGA

Haut-commaire OMVS

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